Entrée en Carême ce mercredi 14 février 2024 (Mercredi des cendres).

Texte de Jean-Guy Paradis

Jean-Guy Paradis, prêtre de la paroisse Saint-Charles-Borromée, vous propose cette méditation pour le premier dimanche de Carême (texte intégral).

 – DÉBUT DU TEXTE-

Texte de Méditation*  présenté par Jean-Guy Paradis ptre

     Le temps du désert et temps de pandémie

                              1e carême B   : Les tentations au désert   (Marc 1, 12-15)

Vision introductrice :

=Discerner sa présence=. Comment ce thème du carëme 2021 peut-il nous aider à découvrir la présence de ce Dieu au cœur de

la période que nous traversons?

Et si elle nous éveillait soudainement à rapprocher des réalités jusqu’alors vécues …séparément… dans des secteurs différents. Et si l’évangile de ce premier dimanche du carême –B- nous éclairait à ce sujet.

Observons comment, présentement et curieusement,  des thèmes se rapprochent: *confinement / désert; *restriction/ dépouillement, *arrêt/ retraite *réflexion/ méditation; * relation limitée/ solitude;  quarantaine/  carême; *… et la liste pourrait s’allonger…et voilà que :     

«Chaque année, le 1e dim. du carême, on lit le récit des Tentations chez l’un des 3 évangélistes synoptiques. Cette année, nous les lisons dans saint Marc, c’est-à-dire dans la version la plus discrète possible».  (M-N. Thabut, L’intelligence des Écritures, 3. p. 121).

Aucun détail sur les trois tentations comme le font St-Mathieu et St-Luc; tout simplement, l’évangéliste nous rappelle que «Jésus venait d’être baptisé; aussitôt, l’Esprit le pousse au désert». =Ce bref passage de l’Évangile de Marc est comme un condensé de toute l’histoire du salut. En quelques mots, tout est dit de l’aventure de l’humanité, de l’histoire d’Israël, du salut…» (D.Guillaume. B. p. 119)

–Rappelons que l’évangile de Marc est le premier à être publié. –Les premiers chrétiens aimaient se rappeler les événements de la vie de Jésus mais avec le temps la transmission orale risquait de déformer les faits. Voilà pourquoi Marc livre une catéchèse résumée dans son évangile qui ne dépasse pas 35 pages selon les éditions de la bible–.

Ce récit sans précision cache un éclairage à mettre en lumière.

Il insiste sur la présence de l’Esprit.

Je vous propose les trois points suivants:  

  1. Jésus réfléchit sa mission de rétablir l’Alliance.
  2. Rappel de l’alliance établie avec Noé.
  3. Une Alliance à réaliser par la conversion.
  4. Jésus va approfondir sa mission au désert.

 Jésus «ne s’y engage pas sous une impulsion personnelle, comme un exercice ascétique, mais il est poussé au désert par l’Esprit de Dieu… par obéissance au Père». (von. Baltazar, année B. p. 46)

«Une quarantaine sans aucun soutien humain, privé de la présence des siens, perdu au milieu des bêtes sauvages, brûlé par l’impitoyable feu du soleil durant le jour, sans abri contre le froid glacial qui prévaut durant la nuit». (Y.Girard., année B. p. 146). Mais aussi en harmonie avec la nature que nous détruisons.

Au désert, nous sommes dans «un lieu qui nous amène à tirer de notre intérieur le meilleur de nous-même. Vivre quelques jours de «désert», sans bruit, sans voix, déconnectés, nous fait du bien.

–*des membres des Fraternités Charles de Foucault sont invités à consacrer une journée par mois pour vivre ce qu’on appelle =une journée de désert–   

Ce fut, pour Jésus, un lieu pour un nouveau départ; nouveau Moïse libérateur; il choisira quel genre de Messie, il voudra être.                                                                                                                                                                                             

Les 40 jours, –chiffre symbolique—qui rappelle les 40 ans d’épreuves des Hébreux au désert. Marc ne laisse que pressentir le cortège de tentations –dont Jésus sera l’objet toute sa vie, du vide du désert à la solitude de Gethsémanie.

Il est important de parler de ce moment de discernement bien sûr. Mais il faut insister, avant tout, sur sa relation sans pareil avec le Père qu’il caractérisera toute sa vie. –Jésus n’aura pas été ce qu’il a été s’il n’avait pas eu ce contact très fréquent et d’une intensité sans pareil avec le Père.

**Voilà de quoi éclairer notre attitude face à cette période que nous traversons; ne parle-t-on pas : *de mise en «quarantaine», un moment de retrait de la société pour les voyageurs qui viennent de l’étranger, *de «couvre-feu» qui pourrait se traduire en un rentrer chez soi, dans notre intérieur; *de travail ou réunions virtuelles qui privent de relations interpersonnelles si caractéristiques des ëtres sociables que nous sommes par définition, *et quoi encore qui nous oblige à changer notre façon extérieure de communiquer et nous centrer sur l’essentiel –avec ses inconvénients… avouons-le!

     

Jésus-homme aura, comme nous, à combattre contre les tenta-+      tions, de profiter son prestige, de la puissance de ses miracles, –ne voulait-on pas le faire roi après la multiplication des pains…?; «partons d’ici» nous rappelait l’évangile du lendemain de la guérison de la belle-mère de Pierre alors que les apôtres auraient préféré s’installer dans ce confort. À toutes ces circonstances il ne faut pas oublier celle de ne pas souffrir… comme lui proposait Pierre écarté comme «satan».

Pourquoi ne pas profiter du carême pour prendre conscience que cette référence au Père est indispensable pour le chrétien qui veut persévérer, pour être signifiant pour son entourage quoi! Quel ressourcement nous offrirons-nous durant ce carême 2021? La  retraite du temps du carëme ne sera pas offerte, du moins pas sous sa forme traditionnelle. C’était une occasion  pour se situer face à l’Alliance à vivre, à l’exemple de Noé, en vue de l’éternité. Serons-nous attentifs à ce qui sera offert de façon virtuelle ou autre…?

 

2,  Rappel de l’Alliance établie avec Noé par Dieu:

Quant on entend le nom de =Noé=, nous pensons tout de suite à l’arche, au déluge, à l’arc-en-ciel et voilà que notre imaginaire d’enfant se réveille pour voir ces animaux entrer 2 par 2, pour être sauvés avec les membres de la famille de cet homme à qui Dieu avait parlé.

Mais ce n’est pas ce qui a précédé le déluge que nous a présenté la 1e lecture mais l’après.

Rappel : Noé est antérieur à Abraham, il n’est pas hébreu. –Selon les chercheurs, l’arche aurait échoué sur le mont Ararat, une montagne de 5.000 m.au nord de Ninive (aujourd’hui c’est en Turquie orientale, à la frontière de l’Arménie).

Mais pour le récit biblique; le mot à retenir est : Alliance, qui revient 5 fois, dans le 1e lecture. «J’établis mon Alliance avec vous», dit Dieu; voilà un souci de donner une vie nouvelle et ce, pour toute l’humanité et pour toujours. Ne disions-nous pas, dans un psaume :  «…tu es le Dieu qui sauve», ce qui veut dire : le Dieu qui libère.                                                                                       

 «Cette Alliance, elle est un don gratuit de Dieu par amour pour le monde. Elle concerne Noé, ses descendants et tous les êtres vivants, l’univers tout entier. Et c’est le Seigneur lui-même qui choisit l’arc-en-ciel comme signe de cette alliance. … Après Adam et Ève, Caïn et Abel, …Dieu fait du neuf, une nouvelle création. «Je me souviendrai de mon alliance avec vous et avec tous les êtres vivants, –lisons-nous dans Genèse 9, 15—et les eaux ne produiront plus le déluge, qui détruit tout être vivant».

Ça nous est raconté par le livre de la Genèse, qui évoque la confrontation inévitable de tout homme, un jour ou l’autre, avec le mal qui semble vouloir submerger le monde. *N’avons-nous pas tous, en effet, à un moment de notre vie, rêvé d’un grand nettoyage, à la manière du déluge, qui purifierait à jamais ce monde de toutes les horreurs et les méchancetés qui semblent pulluler à la surface de la terre? N’avons-nous pas tous rêvé de pouvoir recommencer à zéro, de pouvoir tout effacer pour recommencer à neuf?»  ( Dom Guillaume, année B. p.123).

Mais désormais, l’eau donnera la vie.

«…Pierre –d’ailleurs–fait du déluge une figure du baptême. Cette eau, jadis symbole des force du mal –la mer surtout— donnera la vie. Le baptisé est plongé dans la mort pour ressortir avec une nouvelle vie.

Après la pluie… le beau temps, dit le dicton… c’est le retour de la lumière après la tristesse et, en plus, l’arc-en-ciel.

 

3.Une Alliance à concrétiser par la «convertion»

 

On dit d’un homme qui est allé voir son médecin. Ce dernier lui a dit, après un examen : «mon cher Watson, ou tu changes radicalement tes habitudes alimentaires, ou tu es condamné à t’injecter quotidiennement une dose d’insuline ; ou cet autre : Arthur ou tu changes ton rythme de vie ou tu «piques» une crise cardiaque, etc… C’est à prendre au sérieux! Que de cas de vie ratée faute d’un ami pour signaler l’urgence! .

Et bien, dans le monde spirituel, c’est un peu la même chose; l’ami, c’est Jésus qui, en ce carême, sonne l’alerte : un choix s’impose : se laisser interroger par l’écoute d’une parole de vie et la laisser pénétrer nos cœurs ou rester imperméable submergés par d’autres priorités. Se laisser interpeler : Qu’est-ce que le Seigneur vous nous signifier par la pandémie qui nous visite?

C’est une grâce de Dieu que d’attacher de l’importance à ce temps de carême. Cette année, il s’agit d’une invitation à «Discerner sa présence»

«Il faut comprendre que l’essence de la conversion évangélique n’est pas située «d’abord» dans le changement de nos habitudes et dans la correction de nos travers, mais dans la découverte émerveillée de la générosité de Dieu, qui n’exige rien d’autre que l’aveu de notre faiblesse entre ses mains». (Y.Girard. p. 147).  Ensuite, forts de cette conviction, nous écoutons les suggestions des 3 grands thèmes de chaque carême :

Le jeûne : de quoi…? Tout-petits, c’était : se priver de bonbons; maintenant, c’est une invitation à «être jeûne», un état qui rend attentif aux occasions qui se présentent.

L’aumône : les organismes ne manqueront pas pour nous solliciter…Développement & Paix (5e dim.) …St.V.Paul. …                                                                                                    La prière : la remettre au programme de nos journées,

Notre site internet offre régulièrement, en plus des messes dominicales, des =petits clin d’œil= de ressourcement spirituel.

*En conclusion : Que retenir ?

Le Seigneur nous fait le cadeau de ce carême 2021.

Un temps pour renouveler notre engagement envers le Dieu de l’Alliance, de constater comment la pandémie pourrait nous inviter à grandir au cœur des déserts imposés.

Demandons à l’Esprit de nous pousser… au désert qui renouvelle.

Bon carême

 – FIN DU TEXTE –